MARCEL, JULES ET LES BEAUX JO LAIDS…

              Suite au fait que lundi tombe un mardi ce mercredi, notre réunion du jeudi se tiendra vendredi ce samedi car dimanche est un jour férié! Voici que ce vendredi 26 octobre 2011 et 4ème vendredi d’Octobre, sous la présidence d’Olif, et dynamisé par la fougue et la fraîcheur d’Iris, le thème des Vendredis Du Vin s’applique, cette fois sur celui que certains connaisseurs à-prioristes définiront comme l’outsider de sa catégorie : Le Beaujolais…

           Une bouteille sans cul, qui en a laissé plus d’un sur le cru, en format bordelais, une « cuvée de fous », en a fait retourner à plus d’un sa veste et réviser ses gammes… Et à Jean-Claude Lapalu ou a tant d’autres, que je citerai plus loin, merci de m’avoir permis de bluffer tant de consommateurs mal informés, en les déroutant trop facilement grâce aux chaussettes magiques, qui nous rappellent à chaque fois à l’ordre que le vin, c’est l’école de l’humilité!!! Une phrase qui pourrait couler de source, la phrase préférée d’un ami proche, « Loncle » pour ne pas le citer, et véritable preuve vivante d’humilité et de compréhension du monde du vin : « Une seule certitude, c’est l’incertitude!!! » Pas d’à-priori, stop aux préjugés!!!

J'en ai ouvertes pas moins de 360 bouteilles au verre, à l'aveugle, pas un n'a su déceler le Beaujolais...

« Vous avez beau dire,il n’y a pas seulement que de la pomme… Il y a autres choses. Ça serait pas des fois de la betterave ». Les Tontons Flingueurs.

Trêve de plaisanterie, passons aux choses sérieuses et allons toucher du doigt ce qui est encore un peu douloureux dans les esprits des consommateurs, comme pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, mais pour en finir une fois pour toute avec les commentaires indésirables des détracteurs « has been » qui s’empressent, comme de bons vieux troupeaux d’ânes ivres, d’aller juger chaque 3ème jeudi de novembre, les vins justes sortis de deux fermentations et mis en bouteilles.

« En bon Lyonnais que je suis, je me sens pousser 10 ailes pour aller toucher des cieux, les deux compères de la Chapelle Tenteen, qui se sont envolés vers d’autres yeux!!! »

          Sébastien Lapaque, nous sert sur un plateau d’argent dans son livre « Chez Marcel Lapierre », bien des informations riches et émouvantes quant à l’histoire du Beaujolais… Nombre des faits qui suivent sont extraits de ce livre, pour certains passages, je ne fais que citer, il n’y a parfois rien à rajouter, mais je me suis bien évidemment permis d’y adjoindre mon « jus de « presse »…

DU POING SUR LA TABLE, LE VERRE S’EST LEVÉ !!!

            La désinformation, spécialité des médias depuis de nombreuses années, nous est servie dans un verre INAO chaque 3ème Jeudi de Novembre! Le Beaujolais Nouveau est arrivé!!!

         Un lobbying qui a officiellement vu le jour en 1951 (150 ans d’existence), institutionnalisant un vieil usage. Un usage mal employé à l’époque qui a, de ce fait, emporté avec lui toute l’image qualitative des crus du Beaujolais. L’amalgame est né, avec à la clé, un « Coquelet » aux oeufs d’or! Un lobbying pour ainsi dire,qu’on aurait pu appeler Quicksilver, si la marque n’existait pas déjà (l’aspect financier de l’opération permet aux vignerons de toucher très tôt les bénéfices de leur récolte), et cela, au détriment de la qualité des crus! Quel goût aura t-il cette année? Banane, kiwi … Et personne pour sauver une appellation qui recèle de joyaux!!! Le gamay avait déjà connu son heure de désespoir, prenant du retard sur ses concurrents issus de cabernet ou de pinot, avec l’ordre d’être arraché sur le territoire bourguignon sous le règne de Philippe Le Hardy (14ème siècle).

        Le bâton était encore une fois donné pour  battre sur l’appellation, il s’appelait Beaujolais Nouveau!

Merci pour l'idée Kellen Lignier!!!

« D’un Petit vin de jeu de boules, on a voulu faire un vin de milliardaire texan ». Jules Chauvet

MARCEL LAPIERRE LE VISIONNAIRE!!!

           Marcel Lapierre avait un an! Sa vie a accompagné les grandeurs et les misères d’une tradition profanée par la bêtise, la paresse, le mauvais goût, l’obsession du rendement! Il aimait à évoquer avec une nostalgie certaine, les usages du monde d’avant, tels que son père lui avait raconté : « Les négociants du Rhône expédiaient dès l’automne, des fûts à bonde percée vers Lyon et Paris. Le vin nouveau n’avait pas fini sa fermentation. Il l’achevait en cours de route. Ce petit commerce concernait quelques milliers de pièces de 225 litres. »

         Chtit vin de soif et d’amitié, bourru et gouleyant, le Beaujolais Nouveau faisait le bonheur des cochers et des forts des halles « Un vin de copain et de saucisson!!! », comme on disait à Lyon, qui se dégustait dans les bouchons de Fourvière et de Saint-Eustache.

LES CHIFFRES PARLENT :

En 1956, la production était de 15 000 hectolitres;

En 1973, de 150 000;

En 1978, de 200 000

En 1983, de 450 000,

En 1990, de 600 000.

Une vigne qui pissait autant qu’elle le pouvait!!!

En 1970, la part du Beaujolais Nouveau dans la production totale produite dans cette région était de 17%

En 1983, c’était plus de la moitié de la récolte qui était vendue en primeur…

Les pays étrangers sont devenus de plus en plus demandeurs!!!

En 1982, 50 tonnes de primeurs sont expédiées aux States par avion!

En 1984, 500 tonnes…

En 1987 , 600 tonnes…

         Fixé à la date du 15 Novembre en 1967, le déblocage officiel du Beaujolais Nouveau a été définitivement arrêté au troisième jeudi de Novembre à compter de 1985! Et ce jour est devenu un rendez-vous incontournable (Je cite Heidegger Martin, philosophe allemand), il suffit d’entendre les médias en parler!!!

        Dans les grandes maisons de négoce, les commerciaux n’ont plus touché terre… « Les Japonais en sont dingues!!! »… « Les Californiens lui trouvent un goût de framboise!!! »… « Nouillorque en redemande!!! »

     En 1990, avec 600 000 hectolitres vendus, un chiffre record, les producteurs marchent sur la tête!!! 80 millions de bouteilles de pinard obligatoirement sucré et levuré à mort, filtré, turbiné, gonflé à l’acétate d’isoamyle!!!

            Même les moins informés des consommateurs ont fini par comprendre Le Truc. Même les plus naïfs ont en eu assez de ces primeurs standardisés et bananisés à coups de levure 71B… Les bistrots ont jeté l’éponge… Les communiqués victorieux de l’Union Interprofessionnelle des Vins du Beaujolais (UIVB) ont eu beau se multiplier. Les neunologues de service expliquer que l’ère de la banane avait cessé, que les levures L1414, 2056 et Adevis 522 allaient faire la part belle aux fruits rouges… Sacrés farceurs!!! Les consommateurs ont commencé à comprendre qu’on se moquait d’eux… Et pas seulement en France. Dans les années 1990, les exportations ont pris une claque. Les chargés de communication de l’UIVB ont alors essayé d’expliquer que ce phénomène était lié à d’autres facteurs… Ils ont évoqué la guerre du Golfe et le boycottage des produits français lors de la reprise des essais nucléaires…

           En 1994, la foire aux primeurs ne concernait déjà plus que 450 000 hectolitres!

         Depuis le début des années 1960, le Beaujolais connaît des crises régulières. Simplement parce que le marché n’est pas sain. Il est aussi artificiellement gonflé que le vin imposé chaque troisième jeudi de Novembre, aux malheureux qui ont la mauvaise idée de rentrer dans un bistrot…  En Beaujolais, beaucoup de vignerons croient que tout est permis…Et ces coquins ne posent pas cette affirmation avec le désespoir magnifique de l’Ivan Karamazov de Dostoïevski. L’euphorie des années 1970 et l’argent facile des années 1980 ont masqué le problème.

      « Vin de comptoir devenu un vin d’hypermarché et de grande diffusion », le Beaujolais souffre depuis quarante ans d’un constat nivellement bas. Et l’affreux paradoxe de cette situation, c’est que le meilleur de la production en pâti!!! Les dix crus de ce fait!!! L’image désastreuse des primeurs a nui à l’appellation. Et pour faire place au millésime 2002, la profession a été obligée de retirer du marché 113 000hectolitres de la production 2001. 7% de la récolte envoyée chez le vinaigrier! Ce qu’on pourrait appeler cyniquement, un beau coup de publicité…Et le sinistre n’a pas touché que les hommes… Au début des années 1990, les vignerons étaient 4500 en Beaujolais. Dix ans plus tard, ils étaient moins de 3500. En 2003, pas moins de 500 vignerons ont disparu. Et Marcel Lapierre d’en revenir à Marx « L’agriculture capitaliste ruine le travailleur en même temps qu’elle dépouille le sol ».

DES VIGNERONS HÉROÏQUES!!!

        Ces difficultés, rendent plus héroïques et plus sympathiques encore, les efforts fournis par des vignerons qui luttent pour rendre au Beaujolais une part de sa sincérité native! Les crus comme les primeurs… Car leur destin est lié et la dégustation du Beaujolais Nouveau est pleine de leçons. Elle permet d’anticiper sur la grandeur ou la misère du vin à venir. Il était temps de renouer avec le plaisir que procure le bouquet d’arômes du gamay de l’année. Les vignerons qui rendent la chose possible ne sont pas si nombreux… Mais ils ont belle réputation… Et les amateurs éclairés se refilent leurs noms comme des mots de passe : Damien Coquelet, Yvon Métras, Louis-Claude Desvignes, Jean Foillard, Jean-Claude Lapalu, Philippe Paqualet, Dominique Piron, Richard Rottiers, Pierre-Marie Chermette, Jean-Paul Thévenet, Guy Breton, Philippe Jambon et … Notre cher et Grand Vigneron, précurseur dont la relève est aujourd’hui assurée par son très sympathique et talentueux fils Mathieu… Il a œuvré, longuement et précieusement pour l’appellation, vigneron engagé, parfois trop borderline, alarmiste visionnaire, Marcel Lapierre, il y a un an déjà…

       Une poignée de viticulteurs qui en ont eu ras la banane et qui se sont senti des ailes pousser pour relever une tradition profanée. Un vrai vin de copains, fuité et sincère, jovial et parlant, quelquefois évanescent, floral et fugitif, plus musclé certaines années…

VIVE LE BEAUJOLAIS!!!

          Pas de bouteilles dégustées ni ouverte pour l’occasion, car le meilleur reste à venir. Tant de noms cités pour ne plus se tromper, tant de noms oubliés car ils sont si nombreux à nous régaler! Du cru, du fruit, de la sincérité et de la longévité. C’est à visage découvert que mon coup de gueule est lancé. Une région qui fait partie de mes préférées… Et d’entendre certains continuer à raconter avec tant de facilité et de manque d’ouverture, qu’ils ne boivent que du Bordeaux, j’ai donc choisi d’en faire mon cheval de bataille, à m’amuser sagement à les contredire, avec mes bouteilles non-étiquettées et bien mises en chaussettes, ces buveurs d’étiquettes qui ne disent du Beaujolais, qu’il n’est que de la piquette!

VIVE LE BEAUJOLAIS!!!!

LA SUITE DANS LES FOLLES AVENTURES DE BINBIN FOUDEBEAUJOLAIS!!!

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